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L'audition

L'audition

L'oreille est constituée de plusieurs parties, qui permettent de transmettre les sons du pavillon aux zones les plus complexes du cerveau.


 

L'oreille externe

L'oreille externe comprend deux segments: le pavillon et le conduit auditif externe.

    * Le pavillon est une lame plissée sur elle-même en divers sens, ovalaire à grosse extrémité supérieure en ayant dans son ensemble la forme d'un pavillon de cornet acoustique. Le pavillon possède un squelette fait de cartilage élastique lui permettant de reprendre sa position normale après une déformation. À ce niveau il n'existe pas de tissu cellulaire sous-cutané. La partie inférieure du pavillon est représentée par le lobe de l'oreille dont la partie centrale est adipeuse, peu innervée et richement vascularisée.
    * Le conduit auditif externe a la forme d'une corne acoustique diminuant de diamètre à mesure que l'on se rapproche vers le fond c'est-à-dire le tympan. Ses deux-tiers externes ont un squelette cartilagineux alors que son tiers interne est creusé dans l'os temporal. Cette partie interne est revêtue d'une peau dotée de nombreux pores et de glandes sébacés, ainsi que des glandes sudoripares apocrines (les glandes cérumineuses) qui fabriquent un liquide protéique et glucolipidique, pigmenté et visqueux, le cérumen.

L'oreille moyenne

Elle comprend le tympan ainsi que les osselets (la « chaîne ossiculaire »), trois très petits os. Ils s'appellent respectivement de dehors en dedans : le marteau, l'enclume , et l'étrier (qui est le plus petit os du corps humain). Ces noms proviennent de leurs formes caractéristiques. Le marteau et l'enclume forment une articulation peu flexible appelée « bloc incudo-maléaire ».


Les sons sont le résultat de vibrations de l'air dans le conduit auditif qui ont pour effet de faire vibrer le tympan. Ces vibrations seront ensuite transmises le long de la chaîne ossiculaire, puis à l'oreille interne via la fenêtre ovale.


La conception qui domine actuellement sur la propagation des vibrations dans l'oreille moyenne est celle de Khana et Tonndorf, élaborée en 1972 : schématiquement, les lignes des zones concentriques d'iso-amplitude de certaines fréquences sont parallèles au manche du marteau, avec, pour la membrane du tympan, des zones de vibration plus amples que pour ce manche.


Puisque l'oreille moyenne est creuse, un environnement de haute pression (comme l'eau) poserait le risque de crever le tympan. Pallier ce risque est la fonction des trompes d'Eustache. Descendantes évolutionnaires des ouïes respiratoires des poissons, ces trompes relient l'oreille moyenne aux fosses nasales afin d'assurer une équipression de part et d'autre du tympan.

 



L'oreille interne

Elle contient non seulement l'organe de l'ouïe, mais aussi le vestibule et les canaux semi-circulaires, organe de l'équilibre, responsable de la perception de la position angulaire de la tête et de son accélération. Les mouvements de l'étrier sont transmis à la cochlée via la fenêtre ovale et le vestibule.


La cochlée est un organe creux rempli d'un liquide appelé endolymphe. Elle est tapissée de cellules ciliées - des cellules sensorielles non renouvelables coiffées de structures filamenteuses, les stéréocils. Ces cellules sont disposées le long d'une membrane (la membrane basilaire) qui vient partitionner la cochlée en deux chambres. L'ensemble des cellules ciliées et des membranes qui leur sont adjointes constitue l'organe de Corti.


La membrane basilaire et les cellules ciliées qu'elle porte sont mises en mouvement par les vibrations transmises au travers de l'oreille médiane. Le long de la cochlée, chaque cellule répond préférentiellement à une certaine fréquence, pour permettre au cerveau de différencier la hauteur des sons. Ainsi, les cellules ciliées les plus proches de la base de la cochlée (fenêtre ovale, au plus près de l'oreille médiane) répondent préférentiellement aux aigus. Celles situées en son apex (dernier tour de la cochlée) répondent au contraire aux basses fréquences.


Ce sont les cellules ciliées qui font la transduction mécanoélectrique : elles transforment un mouvement de leur cils en signal nerveux par le nerf auditif, qui va être interprété par le cerveau comme un son de la hauteur tonale correspondant au groupe de cellules excitées.
L'appareil vestibulaire postérieur se constitue de trois canaux semicirculaires, disposés orthogonalement dans les trois plans. Ils sont remplis de la même endolymphe que la cochlée. Lorsque l'oreille est soumise à un mouvement, l'inertie de ce liquide rend ce mouvement détectable par des cellules ciliées, tout à fait similaires à celles de la cochlée. La disposition des trois canaux en trois plans orthogonaux permet de détecter la position angulaire de la tête dans toutes les directions possibles.

 

Les acouphènes

Acouphènes : qu’est-ce que c’est?

Les acouphènes sont une dysfonction auditive. Une personne qui en souffre entend des sons en l’absence de bruits extérieurs : sifflements, bourdonnements, cliquetis, etc. Ces sons sont produits par le système neurologique et peuvent être perçus dans différentes parties de la tête : dans une oreille ou dans les deux, à l’intérieur, à l’avant ou à l’arrière de la tête. Les acouphènes peuvent être occasionnels, intermittents ou continus.

Un acouphène temporaire peut survenir après une exposition à une musique très forte, par exemple. Il se résorbe généralement sans intervention. Cette fiche est consacrée aux acouphènes chroniques, c’est-à-dire à ceux qui persistent.
 

Causes

Les acouphènes ne sont pas une maladie, mais un symptôme très souvent relié à une perte d’audition. Selon l’une des hypothèses avancées par les spécialistes, ce serait un « signal fantôme » généré par le cerveau en réponse à un endommagement des cellules de l’oreille interne (voir la section Facteurs de risque, pour plus de détails). Une autre hypothèse repose sur une dysfonction du système auditif central. Une cause génétique est aussi envisagée.

Deux facteurs principaux sont liés aux acouphènes. Chez les personnes âgées, c’est la perte d’audition attribuable au vieillissement. Chez les adultes en général, c’est une exposition excessive au bruit.

Parmi les multiples autres causes possibles, on compte les suivantes :

La prise à long terme de certains médicaments pouvant endommager les cellules de l’oreille interne (voir la section Facteurs de risque).
Une blessure à la tête (comme un traumatisme crânien) ou au cou (entorse cervicale, etc.).
Le spasme d’un petit muscle de l’oreille interne (muscle stapédien).
L’obstruction du canal auditif par un bouchon de cérumen.
Certains troubles ou maladies :
  • l’otosclérose, c’est-à-dire le développement d’un os spongieux dans l’oreille moyenne pouvant entraîner, à long terme, la surdité;
  • des infections de l’oreille interne ou des sinus; 
  • une tumeur située dans la tête, dans le cou ou sur le nerf acoustique;
  • un mauvais alignement de l’articulation temporo-mandibulaire (qui permet les mouvements de la mâchoire);
  • des maladies touchant les vaisseaux sanguins; elles peuvent causer des acouphènes dits pulsatiles (3 % des cas environ). Ces maladies, telles que l’athérosclérose, l’hypertension ou une anomalie des capillaires, de la carotide ou de la jugulaire, peuvent rendre le flot sanguin plus audible. Ces acouphènes sont de type objectif;
  • les acouphènes objectifs non pulsatiles peuvent être causés par une anomalie de la trompe d’Eustache, par des troubles neurologiques ou par des contractions excessives des muscles de la gorge ou de l’oreille moyenne;
  • les acouphènes sont un des symptômes de la maladie de Ménière et de la maladie de Paget.
  • Le stress. Le stress ne cause pas d’acouphène. Toutefois, l’impact sur la qualité de vie d’un même acouphène peut varier d’une personne à l’autre, selon le degré de stress. 

Prévalence

En général, on estime que de 10 % à 18 % de la population souffre d’acouphènes. La proportion est de 30 % chez les adultes. De 1 % à 2 % de la population est gravement touchée.

Au Québec, environ 600 000 personnes seraient touchées par ce problème, dont 60 000 gravement. L’utilisation à large échelle de baladeurs et de lecteurs MP3 chez les jeunes fait craindre une augmentation de la prévalence à moyen terme.

Évolution et complications possibles
Certains acouphènes se manifestent de façon très progressive : avant de devenir permanents, ils sont perçus de façon intermittente et seulement dans des endroits calmes. D’autres apparaissent brusquement, à la suite d’un événement particulier, comme un traumatisme sonore.

Les acouphènes ne sont pas dangereux, mais lorsqu’ils sont intenses et continus, ils peuvent devenir intolérables. En plus de provoquer de l’insomnie, de l’irritabilité et des troubles de la concentration, ils sont parfois associés à la dépression.

Symptômes des acouphènes

La liste des types de bruits entendus par les personnes acouphéniques est longue. Il semble que le bruit le plus fréquemment mentionné soit le sifflement, mais les patients nomment aussi les sons suivants :

- pulsations
- cliquetis
- bourdonnements
- chuintements
- tintements
- gazouillis
- bruissements, etc.

Selon leur cause, les acouphènes peuvent s’accompagner d’une perte d’audition, de nausées, de somnolence, de vertiges, de douleur ou de l’impression persistante d’avoir un bouchon dans les oreilles.

Beaucoup d’acouphéniques souffrent aussi d’une intolérance aux bruits forts ou ont une perception forte ou douloureuse de sons perçus comme normaux ou faibles par des gens en bonne santé. On appelle ce trouble l’hyperacousie.

En général, les acouphènes sont moins gênants durant la journée, car ils sont « masqués » par d’autres bruits présents dans le milieu de travail ou à la maison. En revanche, ils sont plus perceptibles le soir et peuvent entraîner des troubles du sommeil chez de nombreuses personnes.

L’activité physique et les mouvements de la tête accroissent les acouphènes de type pulsatile.

Personnes à risque

 Les aînés. Le vieillissement cause souvent une détérioration des fins mécanismes de l’audition, ce qui peut provoquer l’apparition d’acouphènes.
Les personnes exposées au bruit :
- les personnes travaillant en milieu industriel;
- les camionneurs et tous ceux que leur profession oblige à utiliser souvent une automobile;
- les mécaniciens automobiles;
- les ouvriers de la construction;
- les soldats en zone de conflit;
- les musiciens;
- les habitants des villes ayant une forte densité de population;
- les personnes qui fréquentent régulièrement les discothèques, les boîtes de nuit, les salles de concert et les raves, ou qui écoutent de la musique à un volume élevé avec leur baladeur ou leur lecteur MP3;
- etc.
 

Facteurs de risque

Une exposition excessive au bruit. L’oreille interne est tapissée de quelques milliers de cellules auditives. Ces cellules sont fragiles et, une fois détruites, elles ne peuvent pas se régénérer. Celles-ci sont munies de cils vibratiles, dont la fonction est de transmettre la vibration sonore. Lorsque des sons de forte intensité sont perçus par l’oreille, ces cils s’abaissent avant de se redresser au bout d’un moment.

Toutefois, une exposition régulière à un nombre trop élevé de décibels (dB) entraîne tôt ou tard des dommages permanents aux cellules auditives et à leurs cils vibratiles. 
Il peut arriver aussi qu’une exposition unique à un son particulièrement violent (la détonation d’une carabine ou d’un pétard, par exemple) tout près de l’oreille provoque une atteinte irréversible des cellules auditives. Cela cause une atteinte auditive permanente et peut donc provoquer des acouphènes.

Selon Santé Canada et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une exposition continue à un bruit de 70 dB ou moins n’entraîne pas de perte d’audition1,2. Cependant, un niveau sonore ambiant dépassant 85 dB durant plus de 8 heures, tous les jours et durant plusieurs années, peut être dangereux pour l’ouïe. L’OMS précise également que « l’oreille d’un adulte peut supporter un niveau sonore occasionnel allant jusqu’à 140 dB, mais dans le cas d’un enfant, cette exposition ne devrait jamais dépasser 120 dB ».

Les décibels. L’échelle des décibels (dB) est logarithmique et non arithmétique. Ainsi, une hausse de 3 dB fait doubler le niveau sonore, et une hausse de 10 dB le multiplie par 10. En revanche, les décibels de deux machines à laver placées à proximité l’une de l’autre ne s’additionnent pas : si chacune émet 60 dB, le niveau sonore sera de 63 dB et non pas de 120 dB3.

L’usage de certains médicaments. Lorsqu’ils sont pris à long terme, certains médicaments peuvent causer des acouphènes. En voici quelques-uns :

- de hautes doses d’acide acétylsalicylique (comme l’Aspirine®) ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène (Advil®, etc.);
- les antipaludéens, comme la quinine;
- certains diurétiques, comme le furosémide (Lasix®, etc.);
- divers médicaments utilisés en chimiothérapie;
- certains antibiotiques.

Note. La résistance aux effets indésirables du bruit et des médicaments varie grandement d’une personne à l’autre.

Prévention des acouphènes

Mesures préventives de base

Attention au bruit. Éviter d’exposer inutilement et trop souvent ses oreilles à des volumes sonores trop élevés ou même moyennement élevés. Au besoin, utiliser des boules Quies®, des coquilles protectrices ou des bouche-oreilles en mousse au travail, en avion, durant un concert rock, lorsqu’on travaille avec certains outils bruyants, etc.

Attention à certains médicaments. Éviter de prendre de façon prolongée de hautes doses d’anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’acide acétylsalicylique (Aspirine®, par exemple) et l’ibuprofène (Advil®, etc.). Voir plus haut la liste partielle des médicaments potentiellement toxiques pour les oreilles (ototoxiques). En cas de doute, s’informer auprès de son pharmacien ou de son médecin.

Mesures pour prévenir l’aggravation

  • Éviter les endroits très bruyants.

  • Déterminer les facteurs aggravants. L’alcool, la caféine ou le tabac augmentent les acouphènes de certaines personnes. Les aliments très sucrés ou les boissons contenant de faibles quantités de quinine (Canada Dry®, Quinquina®, Brio®, Schweppes®, etc.) peuvent avoir cet effet sur d’autres individus. Ces facteurs aggravants varient d’une personne à l’autre.

  • Réduire et gérer son stress. Pratiquer la relaxation, la méditation, le yoga, une activité physique, etc., permet de réduire le stress et l’anxiété, qui sont à la fois des conséquences et des éléments aggravants des acouphènes.

  • Éviter le silence absolu en cas d’hyperacousie. Lorsqu’on souffre de cette intolérance aux bruits forts, il est préférable de ne pas rechercher le silence à tout prix ni de porter des bouchons d’oreille, car cela peut rendre le système auditif encore plus sensible, donc diminuer le seuil d’inconfort.

Masquage de l’acouphène

Le générateur de sons blancs. Cet appareil diffuse, dans l’oreille atteinte, un « son blanc » (un bruit similaire à celui produit par un appareil radio syntonisé entre deux stations) à un faible volume. Ce son masque l’acouphène et réduit les inconvénients chez le patient. Cet appareil ressemble à une prothèse auditive; un audiologiste peut en fournir un. Les générateurs de sons blancs sont recommandés aux patients dont l’audition est normale ou presque normale.

La prothèse auditive. L’utilisation d’une prothèse auditive peut réduire l’inconfort de certains patients souffrant d’une perte légère ou modérée de l’ouïe en rendant leurs acouphènes moins audibles. Lorsque la prothèse est insuffisante, ils peuvent aussi recourir à un générateur de bruits blancs.

Éviter le silence complet

À la maison, le bruit d’un ventilateur, une musique douce ou un autre bruit ambiant peuvent masquer partiellement les acouphènes.

La plupart des personnes souffrant d’acouphènes sont particulièrement incommodées au moment du coucher à cause de l’absence de bruit. L’utilisation d’une radio à faible volume placée sur une table de nuit peut masquer suffisamment les acouphènes. Un réveil analogique, qui émet un « tic-tac », peut aussi aider, ainsi que le grésillement d’une radio réglée sur une fréquence ne correspondant à aucune fréquence d’émission.

Thérapies et techniques

Thérapie acoustique d’habituation (TAH). Cette approche, mise au point par un spécialiste américain (Jastreboff), est souvent mentionnée sous son nom anglais : Tinnitus Retraining Therapy (TRT). Elle comprend des rencontres thérapeutiques permettant à la personne atteinte de mieux vivre avec ses acouphènes : on lui explique le mécanisme des acouphènes et l’influence des facteurs émotionnels, on lui apprend des techniques de relaxation et de diversion de l’attention, etc. Il s’agit, entre autres, de reprogrammer son cerveau afin qu’il filtre les sons de façon sélective. Le but est que l’acouphénique entende seulement les sons utiles et ignore les sons inutiles. La TRT inclut aussi une exposition au bruit pour éviter le silence, ainsi que le port, selon le cas, d’un générateur de sons blancs ou d’une prothèse auditive. Cette thérapie s’étale sur 18 mois environ et inclut autour de 16 heures de suivi personnalisé, idéalement donné par une équipe multidisciplinaire comprenant un otorhinolaryngologiste, un audiologiste et un ergothérapeute.

Thérapie cognitivo-comportementale. Cette approche psychologique peut améliorer de façon marquée la qualité de vie d’une personne souffrant d’acouphènes4. Elle repose sur des techniques de relaxation, de visualisation et de diversion de l’attention, et sur un remodelage des pensées et des croyances au sujet des acouphènes. Des chercheurs suédois ont même obtenu un certain succès auprès de sujets participant à un programme de thérapie cognitivo-comportementale offert sur Internet5. La durée du traitement est généralement de trois mois. La thérapie cognitivo-comportementale peut être complétée par une thérapie par le bruit : il s’agit d’éviter le silence, de porter un générateur de sons blancs, de s’assurer de maintenir un bruit ambiant, etc.

Éviter l’isolement. Faire partie d’un groupe de soutien et maintenir un réseau amical et social permet de réduire l’anxiété ainsi que la dépression et d’éviter l’isolement.

Apprendre à protéger ses oreilles

Apprendre à protéger ses oreilles

Le traumatisme auditif est un mal qui touche de plus en plus de monde, dans des communes et des villes de plus en plus bruyantes !

Nous ne possédons que 12000 Cellules par oreille capables de détecter les sons qui nous entourent. L'oreille est fragile et nécessite, tout au long de nos vies, d'être protéger en permanence. A cet égard, il existe aujourd'hui des solutions pour empêcher les troubles de l'audition dues à la surexposition aux bruits et musiques trop fortes !

Le bruit en milieu urbain

Il est omniprésent et à force, on ne l'entend plus ! On ne s'imagine pas, lorsqu'on habite en ville, comme nos oreilles sont agressées de toutes parts : une porte qui claque, un automobiliste qui klaxonne, le crissement de la rame de métro sur le quai...

Une expérience facile à réaliser : tenter « d'écouter » le silence dans la ville... Et très vite on se rend compte que c'est impossible.

Le vrai silence, là n'est pas le but recherché - car on entendrait au moins les battements de son propre coeur -, mais le repos des oreilles est nécessaire pour les préserver.

Le bruit en milieu rural

Une idée reçue veut que la campagne soit silencieuse. Il n'en est rien ! Car, à l'inverse, c'est là où les oreilles sont le moins habituées à la pollution sonore qu'elles seront le plus surprises par un bruit inopiné.

Et c'est une règle de base à savoir : nos oreilles n'aiment pas être surprises, elles souffrent d'autant plus qu'on ne les a pas prévenues qu'un bruit allait les atteindre.

A la campagne, c'est sifflement aigu de celui qui appelle son chien, l'aboiement du chien lui-même, une voiture qui passe à vive allure et fait crisser ses pneus, les coups de fusil des chasseurs...

Le bruit sur le lieu de travail

Bien évidemment, il y a des professions qui sont bien plus touchées par le bruit. Et la prévention n'en est encore qu'à ses débuts en matière de surdité due à une activité professionnelle.

  • Dans le B.T.P. : Avez-vous déjà entendu le bruit d'un échafaudage qu'on démonte ? Un marteau-piqueur dans la rue ? Des coups de marteau répétés ?
  • Dans les usines de montage : Les machines automatisées font autant de bruits répétés avec toujours un fond de ronronnement de moteur...
  • Dans les magasins et les restaurants : Bien souvent, le traitement acoustique des supermarchés ou des restaurants est inexistant. On n'ose imaginer la fatigue auditive des vendeurs(ses) et serveurs(ses) à la fin de la journée lorsque se sont mêlées dix conversations, éclats de rire, bruits de verre, d'assiettes, de caisses enregistreuses...
  • Dans les écoles : Qui n'a jamais été assourdi par des cris d'enfants dans une cour d'école ? Pire : dans un réfectoire...
  • Dans la musique : sans parler des groupes amplifiés, parlons des coups de timbales, des cymbales, des sonneries de trompettes, des bruitages dont sont « victimes » les musiciens d'orchestre en opéra (qui sont confinés dans une fosse jouant le rôle d'une caisse de résonance)...

Autant de professions où les pertes d'audition sont monnaie courante, souvent à cause d'un manque de prévention et un désintérêt de beaucoup d'employeurs.

Or, ces dangers existent et ils sont bien réels.

Qu'est-ce qu'un traumatisme sonore ?

Plusieurs manifestations, isolées ou cumulées, doivent alerter :

  • On a mal,
  • on entend des sifflements ou des sons prolongés (des acouphènes), en continu ou de temps en temps,
  • on entend comme si on était dans une bulle de coton,
  • on perd l'équilibre,
  • on ressent une extrême fatigue,
  • l'oreille coule.

Autant de signes que votre oreille vient de se faire agresser. Il est temps d'aller consulter un O.R.L. En espérant qu'il ne soit pas déjà trop tard...

Car alors la surdité peut aller du simple fait de faire systématiquement répéter les questions qu'on vous pose à ne plus pouvoir suivre une conversation dans un restaurant, s'isoler malgré soi, simplement parce qu'on n'entend pas et que le simple fait de participer discuter avec quelqu'un, même en tête-à-tête, devient un enfer...

Prévenir les risques

Plusieurs astuces permettent, lorsqu'on est souvent exposé au bruit, de réduire l'impact des nuisances sonores :

  • Se mettre au calme un peu chaque jour pour reposer ses oreilles,
  • réduire le temps passé à écouter de la musique, notamment au casque,
  • écouter au casque à un faible volume,
  • ne pas passer ses soirées au téléphone,
  • lorsqu'on va écouter un concert : se protéger les oreilles avec des boules Quiès ou mieux, des filtres (ils ont l'avantage de ne pas couper les fréquences et donc de ne pas dénaturer les équilibres sonores),
  • anticiper le plus qu'on peut les bruits pour « prévenir » l'oreille. Une oreille avertie en vaut deux, et soyez sûr qu'elle souffrira beaucoup moins si elle est prévenue de ce qui va arriver,
  • ne pas hésiter à se boucher les oreilles lorsqu'on traverse une rue en travaux ou qu'on entend un métro arriver.

Fatigue auditive

Dans le cas du graphique suivant, la “Fatigue Auditive”, on a fait écouter à un panel représentatif un bruit blanc pendant 10 mn d’une pression acoustique de 110 dB.

Une minute après la suppression du bruit, on fait subir un premier audiogramme à l’ensemble du panel. Leurs moyennes ont donné la courbe notée : “1mn”.On réalise un second audiogramme après 15 mn de repos, puis un troisième après une heure et ainsi de suite. Cela nous donne les courbes ci-dessus.

Il faut aussi différencier, d’une part la pression acoustique à laquelle on est exposé, et d’autre part, le temps pendant lequel on y est soumis.

Si une pression acoustique de 120 dB pendant 1 s ne laissera généralement aucune trace, une pression acoustique de 100 dB, (c’est à dire une pression acoustique 10 fois moins importante) pendant une heure sera préjudiciable à une écoute fine le reste de la journée. 

Un ouvrier exposé au son d'un marteau piqueur, d'une meuleuse ou d'une scie à béton est exposé aux mêmes dangers, et il est toujours sidérant de les voir travailler sans protection (casques antibruit).

Nombreux sont ceux qui pour des raisons de confort immédiat refusent de porter le casque sur les chantiers et qui, quelques mois ou quelques années après se retrouvent très gravement handicapés.

Prendriez-vous le risque de regarder le soleil en face pendant 2 heures sans lunettes de protection spéciales, sachant que vous encourez le risque de terminer votre séance “aveugle” ? C’est pourtant le risque que vous faites courir à vos oreilles en assistant à certains concerts de rock (1) ou à certaines raves parties... Pierre VOYARD, ancien ingénieur du son

MP3 & adolescents : attention danger.

Les baladeurs MP3 accélèrent le vieillissement de l'oreille interne. Or les jeunes consultent souvent trop tard, lorsque les lésions sont définitives, déplorent les médecins.

 

Crédit photo : Nexus6
Crédit photo : Nexus6

C'est une urgence médicale trop souvent méconnue. À la sortie d'un concert ou d'une boîte de nuit, une oreille «bouchée», des bourdonnements ou encore des vertiges peuvent traduire un traumatisme sonore aigu (TSA) qui met en danger la fonction auditive. «Beaucoup de ces patients, en général jeunes, ne consultent pas ou consultent secondairement quand les lésions sont définitives», regrette le Dr Jean-Michel Klein, secrétaire général du Syndicat national des médecins spécialisés en ORL. Pourtant, selon lui, un traitement très précoce par corticoïdes - après un bilan avec audiogramme - peut limiter la perte de l'audition.

Sur le plan anatomique, cette dernière se traduit par une altération des cellules ciliées de l'oreille interne. Ces 15 000 cellules, cruciales pour l'ouïe mais fragiles, peuvent «exploser» sous l'effet de la pression induite dans la cochlée par une exposition à des niveaux sonores très élevés. Le seuil douloureux se situe à 120 décibels, mais des traumatismes sonores aigus apparaissent bien en deçà de ce seuil.

 

Les baladeurs MP3 mis en cause

En pratique, les symptômes peuvent être réversibles en quelques heures, mais ces tableaux de «fatigue auditive» devraient déjà être considérés comme une alerte, insiste Jean-Michel Klein. Dans certains cas, les cellules ciliées sont irrémédiablement détruites, induisant des troubles permanents de l'audition, accompagnés ou non d'acouphènes. Selon une enquête menée il y a quelques années, ces traumatismes sonores aigus sont loin d'être exceptionnels : ils pourraient concerner 1 400 personnes par an en France. Les musiques amplifiées (concerts, discothèques…) en sont la première cause, devant les tirs, explosions, pétards, alarmes et même téléphones portables. Par ailleurs, des bruits trop intenses peuvent provoquer une perforation du tympan ou une luxation de la chaîne des osselets par un phénomène d'onde de choc (voir infographie ci-dessous). Ces lésions de l'oreille moyenne, classiques lors des explosions dans les attentats, sont possibles mais exceptionnelles pendant des concerts.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais au-delà de ces accidents aigus, les médecins et les autorités sont surtout préoccupés par les baladeurs MP3, qui accélèrent le vieillissement de l'oreille interne. La prochaine journée nationale de l'audition, le 11 mars , sera d'ailleurs consacrée à ce thème. Selon un rapport européen, 50 à 100 millions de citoyens de l'Union utilisent quotidiennement ces appareils numériques, et 10 millions risquent de devenir sourds à les écouter trop fort et trop souvent. Le niveau sonore des baladeurs sera bientôt limité par la Commission européenne, «mais le bridage est sur le casque, il est facile d'en changer», relève Patrick Arthaud, président du syndicat des audioprothésistes français.

 

Un profond handicap

Ce professionnel note aussi que les adeptes des MP3 développent une accoutumance aux fortes intensités sonores (par le biais de neurotransmetteurs) qui crée une forme de dépendance. «C'est aberrant, on a réussi à diminuer les surdités d'origine professionnelle en améliorant la prévention, et on va observer une recrudescence de celles dues à des expositions de loisirs», continue Patrick Arthaud, qui insiste sur le profond handicap induit par la surdité dans la vie familiale, sociale et professionnelle.

Les premiers adeptes des baladeurs (les walkmans des années 1980) sont-ils devenus sourds ? Difficile de le savoir, en l'absence quasi totale d'études épidémiologiques sur ce sujet. Les audioprothésistes ont la sensation d'appareiller des personnes plus jeunes, mais cette évolution pourrait être due à une meilleure sensibilisation. Une enquête en milieu scolaire a toutefois montré qu'avant 17 ans, plus d'un adolescent sur dix souffre d'un début de surdité avec une perte auditive de plus de 20 dB. Ces dernières années, plusieurs campagnes de prévention ont déjà été menées auprès des jeunes.

Des informations et des conseils sont également disponibles sur Internet (www.ecoute-ton-oreille.com). Mais les messages de santé publique, souvent vécus comme trop moralisateurs, ont du mal à passer.